Pourquoi est-il important de revendiquer son droit de voter ?

0

Par Badreddine Bouchouirab.

L’article 30 de la constitution comporte cette phrase : « le vote est un droit personnel et un devoir national ». Les droits ont souvent été « arrachés » aux fils des Histoires. Il en existe aujourd’hui un qui est consacré par la loi suprême du pays et qui n’intéresse pourtant que peu de jeunes. Pourquoi ? Les raisons sont différentes. L’argumentation qui accompagne ces dernières tient-elle toujours la route ? Il y a d’abord celles et ceux qui pensent que la politique est biaisée dès son départ et qu’une force « obscure » manipule le jeu électoral pour faire en sorte de maintenir ses privilèges et son pouvoir. A cela, on peut répondre que n’est manipulé que ce qui est manipulable ! Si main basse est réellement faite sur nos élections, cette main nous mènerait comme elle le souhaite en vue d’obtenir les arrangements qui font ses affaires. Quand notre réponse est de laisser tomber notre droit, Il faut avoir conscience qu’on fait le jeu des manipulateurs de tous bords. Car en s’abstenant de voter, cette force négative, qui existerait quelque part, ne fera que se renforcer, aidée en cela par le néant : Votre expression politique en moins est un vide occupé par toute la malveillance, les intérêts et les lobbys qui peuvent exister ici comme ailleurs !

D’autres estiment que voter ne fait pas sens car la loi électorale et le système de répartition font que le parti vainqueur aura à composer avec d’autres formations politiques qui ne seront sans doute pas sur la même ligne idéologique que lui. Ailleurs, des observateurs peuvent appeler cela de pluralité et de la diversité politique. Chez nous, le paysage étant tellement hétéroclite, il s’agit d’un manque de clarté du paysage politique qui se reflète, un flou total des idéaux et par ricochet un manque de repère pour les citoyens. Nous passons ici du vote comme étant « un droit personnel » au vote comme « un devoir national ». Si l’on estime qu’il est de notre devoir de changer le système au nom de la Nation entière, transcendant ainsi les luttes intestines de partis politiques sans horizons, comment est-il possible de le faire de l’extérieur, c’est-à-dire sans voter et en entretenant notre absence du champ de vision de tous les responsables ? La récente affaire Ramid est en cela intéressante à décrypter. La défunte secrétaire sans CNSS a-t-elle été pensée, ne ce serait qu’une seule fois de son vivant, comme une citoyenne marocaine à droits ? Permettez-moi d’en douter ! Il serait plutôt juste de dire qu’on lui aurait expliqué, un peut trop souvent d’ailleurs, que lui faire un ou des faveurs était équivalent à l’exercice de ses droits… Aucune « gentillesse » n’est égale à nos droits ! Pareillement, aucune somme d’argent versé pour un vote ne vaut notre droit ! De fait, aucune absence de vote et donc d’action n’est égale à notre droit d’agir. Il faut simplement avoir conscience de ce dernier pour pouvoir l’exercer et le transformer en pouvoir. L’urne peut devenir puissante grâce à celles et ceux qui la remplissent ! Trouvez vous logique de penser pouvoir changer les choses, et c’est possible, via la virtualité sur des plateformes de réseaux sociaux contrôlant nos vies, détenant nos données, et manipulant notre pensée à coup d’algorithme, est valable et que changer les choses sur le terrain, dans son propre pays, sur son propre sol, avec son propre pouvoir d’action ne le serait pas ?

Il ne s’agit pas de nier le véritable manque de confiance qui règne au sein de la jeunesse et auquel on trouve des justifications tout à fait plausibles. Il ne s’agit non plus de nier l’évolution du rapport des jeunes à la politique à travers des formes d’expression autres que le vote (pétitions, manifestations, usages de l’espace public,…). Il s’agit de comprendre en quoi le non-vote est perçu comme une réponse valable. Ce qui nous amène à un de ces autres arguments avancés par les non-votants. Voter serait valider des institutions qui ne le méritent pas. Le mérite que n’aurait plus ces dernières, nous, nous l’avons toujours. Nous avons le mérite de ne jamais céder nos droits aussi facilement que cela semble être espéré !

Il est important de penser le vote dans la société marocaine, où les valeurs de famille et de solidarité, et plus généralement de groupe, sont toujours présentes, comme étant aussi un acte de socialisation. Un acte dont on parle à nos proches, dont on discute et qui fait l’objet de concertation. C’est là que commence la mobilisation. Encore faut-il avoir à l’esprit notre héritage politique. A ce niveau-là, que transmettons-nous à nos jeunes à part la crainte à l’égard de l’autorité ? Dans « Scènes et coulisses de l’élection au Maroc » Mounia Bennani-Chraïbi parle de craintes et de méfiance transmises à l’égard des puissants. Le point extrêmement important ici est l’éducation, au sens large du terme. Une éducation au droit qui peut être horizontale sans forcément attendre sa verticalité. Discuter de l’exercice du droit constitutionnel de vote au lieu de discuter de la peur d’agir, c’est se souvenir de sa place centrale en tant que citoyen marocain digne et impliqué, qui lorsqu’il constate des votes par achats de voix, y barre la route par son Vote, en son âme et conscience. Nous devons bien cela à notre pays, et donc à notre famille !

Essayons de penser contre nous-mêmes lorsqu’on est abstentionniste. L’abstention un acte démocratique peut être mais n’est ce pas aussi une défaillance citoyenne ?

Leave A Reply

Your email address will not be published.