Jeunisme politique vs Conscience politique.

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Par Badreddine Bouchouirab
Président de « Jeunesse et Avenir » (AJA)

Il est triste de constater que dans notre pays, une partie des jeunes se complait, toute proportion gardée, dans le culte de valeurs qu’on associe au jeune âge : La beauté, la supposée performance, la fraicheur, la nouveauté…C’est d’une paresse intellectuelle ! Et je dis confortablement cela, d’autant plus que je fais (pour l’instant) partie de cette jeunesse. Non pas qu’il soit contre-productif de pousser les jeunes à occuper les postes de pouvoir ou à s’occuper, dans un premier temps, de la chose publique via l’action politique ou associative, mais tout dépend du comment.

Cette façon de parler de l’importance des jeunes dans l’écosystème politique est un jeunisme béat qui, certes fait joli dans les discours des responsables et même se traduit parfois par une délégation des tâches des seniors vers leurs « apprenants », mais il vide par la même de toute sa substance la vraie force de proposition dont font montre les jeunes marocains tous les jours que Dieu fait ! En clair, un jeune marocain aujourd’hui est dépouillé des carcans de la politique à la française, rigide et héréditaire. Il est vivace et énergique, meneur et compréhensif, pragmatique et direct, …Bref, c’est un jeune qui a besoin d’aller droit au but.

Je vous vois venir ! Sans doute que vous diriez que c’est un jeunisme en soit que de mettre le jeune marocain dans des cases particulières. Il ne s’agit pas de cela. Il s’agit simplement de rappeler l’intelligence collective marocaine qui se traduit au niveau des individus par une capacité de gestion du quotidien allant au-delà de toute les limites, bureaucratique et de lenteur, dont souffre notre pays. Une intelligence transcendant les lacunes qu’il peut y avoir en matière d’éducation et de communication. Qu’est ce qu’on leur donne en face ? Justement, l’Education ! Est-il pertinent, dans le monde d’aujourd’hui, de continuer à promouvoir des jeunes qui n’ont que leur carton en main ? est-ce réaliste ? est-ce juste ? Est-ce respectueux du bon sens collectif et de l’intelligence innée des marocains ? Que donc va pouvoir ce jeune face à nos anciens, armés sont-ils, -et nous en sommes fiers-, de leurs larges expériences politiques ? Pas grand-chose. Il devient honteux, qu’en face, une partie de notre jeunesse continue de s’arc-bouter à des titres, qui parfois ne sont le résultat que d’une somme d’argent et de quelques déplacements ou simplement le résultat d’un nom de famille. Non pas qu’il soit pertinent d’opposer jeunes de grandes familles et jeunes de…famille. Mais réfléchissons deux minutes à cette question. Qu’est ce qu’un jeune issu d’une grande famille et surtout, quel mérite a-t-il de s’appuyer sur un Nom pour réussir ? Ce sont des questions vitales dans un Maroc, où certains noms, encore aujourd’hui, facilite la vie et contribue même à la réussir. Que l’on ne s’y trompe pas. Cette façon de faire, qu’elle émane de jeunes pressés ou de leurs parents déterminés à les « placer » bon gré mal gré, n’est pas sans choquer, indigner puis révolter les marocains. Et cette façon de faire, me semble-t-il, n’est pas la signature de grandes familles ! La grande famille marocaine est celle qui, d’abord et avant tout, respecte la capacité de jugement de ses membres et de toutes celles et ceux qui contribuent à la faire vivre et à la perpétuer, à savoir, la société Marocaine. Une fois cela compris, il semble couler de source le fait d’identifier que dans les sociétés comme la nôtre, avec une histoire millénaire et un attachement au collectif, seul un vrai leadership peut sublimer la jeunesse, la mettre en lumière pour ainsi pouvoir l’apprécier à sa juste valeur. Autrement dit, le jeune marocain aujourd’hui doit passer, avec notre concert à tous, du « Learn by doing », pour lequel il montre une certaine ingéniosité, au « Learn by leadership ». Le fait d’être capable entre jeunes de nous aider à réussir est une donne cruciale, car prouvant que nous sommes tout à fait capables de nous prendre en main sans le concours d’esprit malsain tenant simplement de nous instrumentaliser.

Qui y a-t-il de plus gratifiant que d’apprendre, puis apprendre à d’autres à apprendre, puis mener à apprendre ? Hélas, cela semble utopique dans une sphère politique où l’individualisme est roi et où la course à l’affiche gratuite et à l’occupation de place sous la couverture d’un génie présenté comme tel, mais qui n’en est pas un, bat son plein. Il est malheureux de dire que cela demande, de la part de la jeunesse, l’effort de transcender leur utilisation, par leurs ainés mais aussi par des jeunes comme eux, à des fins politiciennes. La vraie jeunesse marocaine à laquelle je m’adresse a suffisamment de conscience politique pour y arriver. Ce n’est pas sûr que ce soit le cas dans l’autre camp qui pense que la réussite est une simple question de postes joués d’avance.

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